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Dossier Huawei et 5G : quand les Etats-Unis menacent l'Europe dans leur guerre économique contre la Chine (Thu, 21 Mar 2019)
Jusqu'où Donald Trump est-il prêt à aller dans sa guerre économique contre la Chine ? Comme d'autres pays en Europe, l'Allemagne envisage de faire appel à la compagnie chinoise Huawei pour négocier le virage de la 5G. Et ce, en dépit des menaces des Etats-Unis, aussi effrayés de perdre leur suprématie technologique que de voir leurs communications espionnées par la Chine. En dépit des menaces, Berlin va peut-être dire oui à Pékin. L'Agence allemande des réseaux a officiellement ouvert, ce mardi 19 mars, son appel d'offre pour l'équipement du pays en 5G. En dépit des doutes planant sur les motivations du géant chinois, la chancelière a refusé d'en exclure Huawei. Angela Merkel aura donc fini par trancher une question qui interroge depuis des mois les experts de sécurité outre-Rhin : peut-on vraiment confier à l'équipementier chinois des infrastructures de télécommunication potentiellement sensibles ? "Jusqu’ici, de très, très nombreux pays ont utilisé la technologie Huawei", a-t-elle constaté, considérant que "nous devons donner une chance à chacun" sans être "naïf", avant d'appeler de ses vœux un accord européen sur la question. En envisageant de laisser le géant chinois s'immiscer dans son futur réseau mobile 5G, l'Allemagne fait notamment fi des mises en garde et des intimidations... des Etats-Unis. Dans une lettre très sévère révélée la semaine dernière par le Wall Street Journal, l'ambassadeur américain à Berlin, Richard Grenell, avait en effet averti que la coopération en matière de renseignement entre les deux pays allaient être revue à la baisse si l'Allemagne ne refusait pas de faire appel à l'équipementier chinois pour sa 5G. Avec cette admonestation à un pays allié, les Etats-Unis ont ainsi franchi un pas dans la guerre technologique qui les oppose à la Chine. Trump plus agressif qu'Obama L'Allemagne, grande consommatrice des informations des services de renseignement de l'Oncle Sam, n'a en effet pas intérêt à limiter sa communication avec lui. Les tuyaux des Etats-Unis auraient par exemple permis d'esquiver plusieurs attentats, notamment l'explosion d'une "bombe biologique", un violent poison appelé ricine, en juin dernier à Cologne. Avec cette missive, Washington brandit donc un argument de dissuasion massive contre un pays ami : "Dans la ligne de son prédécesseur, Trump use de ce qui est à sa disposition pour limiter l'installation de Huawei", relève pour Marianne Jean-Eric Branaa, maître de conférences spécialiste des Etats-Unis à l'université Panthéon-Assas. Aussi abrasif soit-il, le style de l'ambassadeur américain ne diffère en effet guère de la position qu'ont pu adopter les administrations américaines par le passé. Washington voit d'un mauvais œil toute opportunité pour la firme chinoise, qui a délogé cet été l'américain Apple de sa place de deuxième constructeur mondial de smartphones. "Sous Trump ou sous un autre président, les objectifs des Etats-Unis restent les mêmes : empêcher l'émergence de géants chinois qui peuvent nuire aux Gafa américains", analyse Julian Nocetti, chercheur à l’Institut français des relations internationales. Le spécialiste remarque toutefois que "l'administration Trump est beaucoup plus agressive dans son approche que celle Barack Obama". La 5G, un avantage colossal pour Huawei Une agressivité qui peut s'expliquer par les performances du géant chinois, objectivement supérieures à celles des entreprises américaines : "Huawei est le seul sur le marché qui propose aujourd'hui l'intégralité de la technologie réseau 5G clé en main", poursuit le chercheur. Une avance qui en fait ainsi un candidat de choix pour l'Europe. Or, pour Huawei, le marché européen est une aubaine, lui donnant accès à une pléthore de clients. "L'installation de la 5G sera suivie de plateformes de communications, des banques de données… note François Godement, conseiller pour l'Asie de l'Institut Montaigne. Celui qui aura établi sa position avant les autres aura un avantage colossal". Sauf que "pour les Etats-Unis, Huawei, c'est Pékin", résume Claude Meyer, professeur à Sciences Po et auteur de L’Occident face à la renaissance de la Chine. "Ce n'est pas seulement une entreprise économique mais un pouvoir national. Une entreprise qui est un champion de l'Etat…". Dans ce contexte, toute victoire commerciale de Huawei est perçue comme un renforcement du pouvoir chinois, qui entend devenir une puissance technologique incontestée. Les efforts déployés par Pékin pour investir en Afrique, en Asie et en Europe, ne font qu'accroître cette conviction. En quelques mois, le marché de la 5G européen est ainsi devenu le noeud de l'affrontement commercial des deux grandes puissances. "Les Etats-Unis sont dans un affrontement binaire de deux blocs technologiques : celui des Chinois et le leur, note Julien Nocetti. A leurs yeux, l'Europe doit faire son choix". La crainte de l'espionnage D'autant que les tourments américains ne s'arrêtent pas qu'aux enjeux économiques. Pour ramener ses alliés à une raison occidentale, les Etats-Unis ne cessent de brandir le risque d'espionnage que constituerait l'arrivée de Huawei dans la 5G européenne. A la suite de la missive de Richard Grenell à la chancellerie allemande, un porte-parole de l'ambassade a ainsi enfoncé le clou ce lundi en indiquant : "Si des acteurs non dignes de confiance se retrouvent dans les réseaux d'un allié, cela pourrait soulever, à l'avenir, des questions concernant l'intégrité et la confidentialité de communications sensibles entre un tel pays et ses alliés". En février déjà, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo avait tenu un discours similaire en Hongrie, où les entreprises chinoises ont lourdement investi : "Si un équipement est implanté là où nous avons d'importants systèmes américains, il est plus difficile pour nous de collaborer". A l'époque, cette dernière déclaration avait provoqué l'ire de Pékin : "Depuis un petit moment déjà, les Etats-Unis ne ménagent aucun effort et inventent sans scrupules toutes sortes d'accusations sans fondement au point de menacer ouvertement et tenter de provoquer des dissensions dans les relations entre la Chine et les autres pays", avait rétorqué Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. De fait, jusqu'ici, Washington a du mal à étayer ses accusations d'espionnage envers l'Occident. Il n'est en effet pas parvenu à prouver l'existence dans les produits Huawei des fameuses "portes dérobées" qui permettraient aux services secrets chinois d'accéder aux communications européennes. En réalité, les Etats-Unis pourraient même être accusés du contraire. Entre 2013 et 2014, des informations de l'ancien consultant de la NSA Edward Snowden avaient révélé que l'agence américaine aurait eu accès, pendant des années, à des documents interne de Huawei, aux mails de l'entreprise, ainsi qu'aux codes secrets de ses produits De son côté, Huawei continue de clamer son innocence. Pour prouver sa bonne fois, le groupe chinois a inauguré la semaine dernière un nouveau centre de cybersécurité à Bruxelles, avec un objectif évident : gagner la confiance des Européens. Des efforts qui laissent toutefois certains dubitatifs : "L'intensité de la propagande chinoise autour de Huawei et de la sécurité effective de ses réseaux est assez suspecte", estime François Godement. Comme les Etats-Unis, l'Empire du Milieu est loin d'être vierge en matière de cyberespionnage. L'année dernière, Le Monde Afrique révélait ainsi qu'après avoir installé des équipements au siège de l'Union africaine, en Ethiopie, Pékin avait pillé l'intégralité de ses contenus pendant cinq ans. "Huawei est une entreprise qui a un lien plus que privilégié avec Pékin, poursuit François Godement. Pourquoi ferait-elle exception à ce genre de pratique ?". De l'Australie au Japon, plusieurs pays alliés des Etats-Unis ont d'ores et déjà choisi de ne pas courir le risque, refusant l'entrée de Huawei dans leurs télécommunications. "Même la Corée du Sud, en pleine offensive de détente avec la Corée du Nord (et donc avec la Chine), entend informellement chasser l'entreprise de ses réseaux", fait remarquer le spécialiste, qui en appelle à un "principe de précaution" européen. Une troisième voie européenne Reste qu'aucun fournisseur américain n'est aujourd'hui capable, comme le géant chinois, de couvrir la panoplie nécessaire à l'installation de la 5G sur le continent. En se coupant de Huawei, l'Europe renoncerait donc pour un temps à cette avancée technologique majeure. Une troisième voie pourrait toutefois exister... et elle est interne à l'Union européenne. Nokia, société de télécommunication finlandaise, et la suédois Ericcson, pourraient s'emparer du marché s'il est laissé vacant par les craintes européennes. "Le budget recherche et développement de ces deux entreprises reste toutefois ridicule par rapport à celui de Huawei", note toutefois Julien Nocetti. Selon les spécialistes, l'arrivée d'un géant européen de la 5G ne pourra pas se faire sans une volonté politique forte et commune. Mais les embûches sont nombreuses : "L'Europe est à l'heure actuelle trop divisée sur la question pour cela". Un talon d'Achille dont la CHine ne souffre pas : "A Pékin, la part des étrangers dans les marchés de la téléphonie mobile sont bloqués à 33%, remarque François Godement. De façon curieuse, on débat en France et aux Etats-Unis de choses qui sont une évidence même en Chine…". Lire aussiAffaire Huawei : la guerre économique entre la Chine et les Etats-Unis s’envenime
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Affaire Benalla : le Sénat saisit la justice pour 5 possibles faux témoignages (Thu, 21 Mar 2019)
Le bureau du Sénat a annoncé ce jeudi 21 mars qu'il allait saisir la justice, pour possible faux témoignage, des cas d’Alexandre Benalla, Vincent Crase ainsi que de trois proches d'Emmanuel Macron : Alexis Kohler, Patrick Strzoda et le général Lavergne. Ont-ils menti devant la commission d'enquête sénatoriale ? Au terme d'une réunion de son bureau ce jeudi 21 mars, le Sénat a annoncé saisir la justice, pour possible faux témoignage, des cas d'Alexandre Benalla, de Vincent Crase et de trois proches d'Emmanuel Macron : Alexis Kohler, Patrick Strzoda et le général Lavergne. Le président de la commission d'enquête, Philippe Bas (LR), et les corapporteurs Muriel Jourda (LR) et Jean-Pierre Sueur (PS), ont demandé au Bureau du Sénat "de saisir le ministère public" de leurs déclarations sous serment, "susceptibles de donner lieu à des poursuites pour faux témoignage". Il s'agit de vérifier "un certain nombre d'omissions, d'incohérences et de contradictions" relevées lors de leurs auditions sous serment. Ils auraient, estiment les sénateurs, "retenu une part significative de la vérité". Trois collaborateurs de Macron concernés Sont donc concernés Alexandre Benalla, son acolyte et ex-salarié LREM Vincent Crase, ainsi que le secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler, son directeur de cabinet Patrick Strzoda, et le chef du groupe de sécurité de la présidence, le général Lionel Lavergne. Hasard de l'actualité, Alexandre Benalla a écopé mercredi soir de nouvelles mises en examen, concernant d'autres faits de violences en marge du défilé parisien du 1er mai et pour l'épisode du selfie le montrant avec une arme. Lire aussiBenalla, l'agent toxique
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Préfecture de police de Paris : les raisons du limogeage de Michel Delpuech (Thu, 21 Mar 2019)
Michel Delpuech a été remplacé par Didier Lallement. En deux jours, trois têtes sont tombées : celle du préfet Michel Delpuech, de son directeur de cabinet, Pierre Gaudin, et de Frédéric Dupuch, le patron de la DSPAP. Retour sur les raisons de leur chute. Le préfet de police a-t-il désobéi aux consignes ? Le sujet fait grincer des dents à la préfecture de police de Paris. La vieille maison policière grogne d’être mise en cause pour le saccage samedi 16 marsdes Champs-Elysées à Paris. La question qui fâche est simple : fallait-il évacuer l’avenue en début d’après-midi pour éviter les pillages ? « C’étaient les consignes », assure à Marianne une source gouvernementale. « Si on avait tenté d’évacuer, il y aurait eu des gens au tapis, des deux cotés », glisse un proche du préfet limogé, admettant que des « ordres de retenue » ont bien été donnés, dans le but de « ménager les hommes ». Comment savoir ce qu'il s’est passé ? Aucune enquête administrative n’ayant été lancée sur « les dysfonctionnements de la chaine de commandement » évoqués par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, c’est l’enquête du Sénat qui pourrait tenter de lever le voile. En deux jours, trois têtes sont tombées : celle du préfet Michel Delpuech, de son directeur de cabinet, Pierre Gaudin, et de Frédéric Dupuch, le patron de la DSPAP, la puissante direction de la sécurité publique parisienne. C’est sous son autorité qu’ont été créés le 8 décembre dernier les DAR, les groupes d’action rapide, dans le but d’interpeller les casseurs. « On doit au DAR de Dupuch la quasi-totalité des interpellations parisiennes », soupire un de ses proches, jugeant « très injuste » la mise à l’écart de ce fidèle de Michel Delpuech. Lire aussiPréfecture de police de Paris : "Je souhaite bien du plaisir à mon successeur…" L'usage des LBD au cœur des dissensions Concrètement, il est reproché au patron de la DSPAP d’avoir écrit et diffusé une note sur l’usage des LBD limitant leur usage. En décembre, chaque groupe de DAR, composés d’une trentaine de policiers, était doté de 4 à 5 LBD. Puis ce nombre est passé à 2. Les munitions longue portée ont été retirées, car jugées moins précises et trop dangereuses en situation de foule. « Il ne reste que les courtes portées, qui, de fait, sont moins utiles », glisse à Marianne un policier de terrain. En janvier dernier, lors de "l’acte XI", ce sont des DAR sous les ordres de Dupuch qui ont tiré en direction d’un groupe au centre de la place de la Bastille et ont blessé à l’œil le gilet jaune Jérôme Rodriguez. « A l’époque, on a reproché à cette équipe de policiers de faire du maintien de l’ordre, ce qui n’était pas leur mission. Du coup, Frédéric Dupuch a fait une note pour rappeler que les DAR n’ont pas vocation, effectivement, à faire du maintien de l’ordre, mais à procéder à des arrestations », explique-t-on à la préfecture. Mais dans le contexte de ce 16 mars, cette note apparaît comme un recul dans l’usage des LBD, contraire aux instructions du ministère de l’Intérieur à la suite de la polémique sur la dangerosité des lanceurs de balle de défense. Lundi, le premier ministre Edouard Philippe, découvrant l’existence de cette note, a parlé de « consignes inappropriées » pour réduire l’usage des LBD…Quant à Laurent Nuñez a passé un savon à ses équipes, furieux de ne pas en avoir été destinataire. Autre motif d’incompréhension au ministère de l’Intérieur, le fait que Frédéric Dupuch, chaque samedi, dirigeait sa propre salle de commandement au sein de la préfecture de police, voisine de celle de la DOPC, la direction de l’ordre publique et de la circulation, qui traditionnellement a en charge le maintien de l’ordre. « Laurent Nuñez a dit à plusieurs reprises au préfet qu’il ne fallait qu’une seule salle de commandement, et que le fait d’en avoir deux n’était pas efficace », confie-t-on place Beauvau. Mais le préfet a maintenu son organisation à deux têtes, responsable, pour certains, de lenteurs et de cafouillages opérationnels… « Samedi dernier, il y a eu des moments de flottement », assure une source syndicale. Qui a donné les consignes de retenue ? Autre grief, celui de la « retenue ». Samedi 16 mars, quand Philippe Castaner et Edouard Philippe vont serrer des mains de fonctionnaires de police et de pompiers en bas des Champs-Elysées, aux alentour de 17 heures, ils sont dans l’ignorance de ce qui se noue plus haut et des pillages qui commencent. Ils ignorent aussi que des mots d’ordre, sur les réseaux, appellent à la casse. « A ce stade, il n’y avait eu que le Fouquet’s, une première fois, et la boutique Hugo Boss, qui avaient été attaqués. Le gros des dégradations n’avait pas encore eu lieu et aura lieu plus tard », raconte une source gouvernementale, qui admet « un loupé », renvoyant la balle, là encore, sur la préfecture de police. « Depuis le 8 décembre, les nouvelles directives de maintien de l’ordre sont d’intervenir vite. Les instructions permanentes sont de débloquer tout lieu d’affrontement. C’est parfaitement clair », martèle-t-on au ministère de l’Intérieur. « Depuis le matin, il fallait agir sur les Champs-Elysées, ne pas rester statique, et on aurait pu éviter les saccages ont suivi », assure un haut policier, admettant qu’à l’inverse, des « consignes de retenue » ont été données depuis la préfecture. Par qui ? Pour quelles raisons ? Selon nos sources, Michel Delpuech a admis devant le ministre de l’Intérieur que de telles consignes ont bien été diffusées. « Il ne faut pas perdre de vue le contexte, souligne-t-on dans l’entourage du préfet limogé. Il fallait coûte que coûte empêcher la dispersion de cette hyper violence dans Paris. Evacuer les Champs-Elysées, c’était la certitude d’assister à des départs de cortèges sauvages et violents. » Autre élément, le « sous-nombre » des forces de l’ordre sur la grande avenue. « On a été débordé parce qu’au fil de la journée, on n’a pas anticipé, pas assez interpellé, et qu’au final, on n’avait plus l’initiative », glisse un policier de terrain. Usure du commandement ? Fatigue après 18 journées de crise ? Peur de la bavure ? Un mélange de tout cela ? « C’est dur », relativise un vieux briscard de la préfecture, persuadé pour sa part, que l’essentiel à ne jamais perdre de vue, est « la désescalade »… « Et l’absence de mort ». « Il faudra reconnaître à Delpuech d’avoir commandé pendant 18 samedis sans drame majeur », conclut un de ses proches, persuadé que l’annonce des renforts de Sentinelle est « une fausse bonne idée ». « L’armée n’a pas vocation à faire du maintien de l’ordre, a fortiori à gérer les émeutes urbaines auxquelles on assiste. Il faut être formé à cela », s'inquiète cette source, « pessimiste » pour les samedis à venir. Lire aussiDidier Lallement : le nouveau préfet de police de Paris bientôt convoqué par ses propres flics ?
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Pourquoi le parti de la droite européenne s’échine à garder Viktor Orban (Thu, 21 Mar 2019)
Viktor Orban, premier ministre hongrois, est un caillou dans la chaussure de Joseph Daul, président du PPE (ici à Madrid en 2015). Le PPE, qui rassemble les partis de droite européens, a décidé ce mercredi 20 mars de suspendre le mouvement du Premier ministre hongrois Viktor Orban, mais pas de l'exclure. Un moyen de ménager la chèvre et le chou... et d'éviter une scission avant les élections européennes. Le grand public ne connaît pas Joseph Daul. C’est pourtant un homme qui joue un rôle crucial dans les arcanes de l’Union européenne. Cet Alsacien septuagénaire au fort tempérament et au sourire malicieux préside le Parti populaire européen (PPE), qui rassemble les principaux mouvements de la droite en Europe. Le PPE dispose aujourd'hui du groupe majoritaire au Parlement européen et contrôle de nombreux postes-clés dans l’UE. A ce titre, Joseph Daul, rompu depuis longtemps aux discussions d’alcôves bruxelloises, est au centre de bien des compromis adoptés dans les enceintes européennes. Ce mercredi 20 mars, il a encore dû mettre tout son art de la négociation au service d’un plan ardu : sanctionner le remuant premier ministre hongrois, Viktor Orban, tout en évitant son départ du PPE. Ou comment ménager la chèvre et le chou. Le parti d'Orban n'est pas "exclu" mais "suspendu" Le cas Orban était au menu d’une « assemblée politique » du PPE, qui se tenait à Bruxelles. Accusé de multiples atteintes à l’Etat de droit depuis qu’il est aux commandes à Budapest, le dirigeant hongrois était dans le collimateur de 12 partis membres du PPE, essentiellement basés en Scandinavie ou dans des pays du Benelux, qui ont réclamé l’exclusion de son mouvement, le Fidesz. Ils estiment que le dirigeant hongrois a franchi une ligne rouge avec une campagne d’affichage montrant Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne et membre du PPE, ricanant aux côtés du milliardaire George Soros, bête noire de Viktor Orban, qui l’accuse d’encourager l’immigration. Furieux, Juncker avait lui aussi demandé la tête d’Orban aux instances du PPE. Sauf que les partis qui réclamaient cette exclusion ne pèsent pas très lourd au sein du PPE. Les principales forces vives que sont les Allemands de la CDU-CSU, les Polonais de la Plate-forme civique et les Français des Républicains, cherchaient plutôt à calmer le jeu. D’où un « compromis » alambiqué posé sur la table par Joseph Daul : le Fidesz n’a pas été exclu mais « suspendu ». Concrètement, il ne pourra plus participer aux réunions du PPE et n’aura plus de droit de vote en interne. Après avoir menacé de claquer la porte, le premier ministre hongrois a finalement accepté cette « bonne décision ». « Ça a été chaud au début, Orban était contre le compromis tel qu’il était rédigé. Mais on y est finalement arrivé », confie un participant. Les ennuis renvoyés à plus tard A la fin de la réunion, les cadres du PPE poussaient à l’unisson un grand ouf de soulagement. « L’unité de la famille est préservée, se félicite Franck Proust, chef de file des eurodéputés LR, auprès de Marianne. Nous garderons un œil attentif sur les problématiques concernées, notamment la question de l’Etat de droit. » Le PPE a chargé un « comité d’évaluation » de suivre la situation en Hongrie « jusqu’à l’automne prochain », ajoute l'élu. Si le PPE tient absolument à renvoyer ses ennuis à plus tard, c’est pour éviter de se présenter affaibli aux élections européennes du 26 mai. Il faut dire qu’un certain Emmanuel Macron rêve d’une scission de la droite européenne, qui lui permettrait de tenter une OPA sur son aile modérée - comme il l’a fait avec la droite française. Pour l’instant, le PPE tient sous les coups de boutoir, en dépit du grand écart entre son aile centriste, très présente dans les partis chrétiens-démocrates du nord de l’Europe, et son aile dure, incarnée par Orban. C’est pour préserver ce fragile attelage que Joseph Daul tenait absolument à son « compromis ». Une démarche soutenue par Laurent Wauquiez. Le patron de LR était hostile à l’exclusion d’Orban, qui risquerait d’aller renforcer les troupes des nationalistes type Matteo Salvini. Un enjeu d’autant plus important que le poids du Fidesz n’est pas négligeable pour le PPE : il compte actuellement 12 eurodéputés et caracole en tête des sondages en Hongrie. De quoi annoncer de nouvelles tensions après les européennes... Lire aussi"Les élections européennes ne changeront pas la nature des politiques européennes"
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Non, les gilets jaunes n'ont pas ruiné la France, et c'est l'Insee qui le dit (Wed, 20 Mar 2019)
Selon l'Insee, le gouvernement surestime de 0,1% - 2 milliards d'euros - le coût du mouvement des gilets jaunes pour l'économie française. Dans sa dernière "note de conjoncture", publiée mardi 19 mars, l'Insee contredit le gouvernement en relativisant l'influence négative des gilets jaunes sur l'économie française. A en croire le gouvernement, les gilets jaunes seraient à l'économie française ce qu'une nuée de sauterelles est à un champ de blé : un fléau. Fin février, Bruno Le Maire relevait à 0,2 point de croissance, soit 4 milliards d'euros, le coût anticipé de la colère couleur colza rien que pour le dernier trimestre de 2018, lorsque la mobilisation était à son paroxysme. Ce mardi 19 mars, au Sénat, le ministre de l'Economie tançait encore : "Tous ceux qui veulent faire la révolution par la violence en s’armant de grands slogans devraient constater qu’ils font le malheur de dizaines de milliers de personnes qui cherchent simplement à travailler et à vivre dignement de leur travail". Et son collègue, le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, d'en remettre une couche sur LCI : "Le mouvement des gilets jaunes a détruit plus d’emplois et plus de richesses que la plupart de ce que nous avons connus depuis les dix dernières années, des manifestations, des contestations, des crises économiques, c’est quand même un scandale absolu !". Avant d'avancer ces chiffres : "Nous ferons 1,4 % cette année, mieux que quasiment tous les pays européens. (...) Et donc c’est dommage. 1,4 % de croissance, on aurait peut-être 0,2, 0,3 de plus, si jamais il n’y avait pas eu le mouvement des gilets jaunes". Dans une "note de conjoncture" publiée ce même mardi, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui ne table que sur un recul de 0,1% de la croissance, atténue sérieusement la vision apocalyptique du gouvernement. "Si le mouvement des 'gilets jaunes' a pu avoir des conséquences localement sévères, son impact macroéconomique à court terme a, sans conteste, été plus faible que son retentissement politique et médiatique", analyse l'institut d'étude statistique. Les gilets jaunes n'auraient donc pas ruiné le pays ? Les débordements du mouvement des #GiletsJaunes coûteront autour de 4 milliards d’euros à l’économie française. C’est d’autant plus dommage que notre croissance est solide grâce à la politique du @gouvernementFR. C’est de l’emploi pour les Français qui est détruit. pic.twitter.com/HRqZuKtchL — Gérald DARMANIN (@GDarmanin) March 19, 2019 Moins de consommation des ménages, mais pas du fait des gilets "Au total, les données mensuelles de consommation désormais disponibles à un niveau fin ne suggèrent pas de remise en cause de l’ordre de grandeur du chiffrage réalisé dans la note de décembre 2018 : le mouvement des gilets jaunes aurait ôté environ –0,1 point au PIB du quatrième trimestre 2018, avec toute l’incertitude qui s’y attache", développe l'Insee. Les auteurs de la note préviennent en outre que cette estimation "reste extrêmement difficile compte de l’impossibilité d’estimer correctement quelle aurait été l’activité économique si de tels événements n’étaient pas survenus". Autrement dit, relier directement les gilets jaunes à la baisse de croissance, comme le fait le gouvernement, relève selon l'Insee de la spéculation. Les 10 milliards des gilets jaunes stimuleraient l'économie S'il y a bien eu un ralentissement de la consommation des ménages - moteur essentiel de la croissance française -, stable à 0,0% pour le dernier trimestre 2018, c'est "moins en raison des conséquences du mouvement des gilets jaunes que sous l’effet d’autres facteurs ponctuels", poursuit l'Insee, qui pointe notamment la baisse de la consommation d'énergie en raison… des températures inhabituellement clémentes en octobre et en décembre. L'Insee concède en revanche que le secteur de l'hôtellerie a bien été affecté par le mouvement. "Cette moindre occupation s’est manifestée plus fortement dans les hôtels de province que franciliens" en novembre, observe l'Insee, avant de fortement reculer en décembre. "En France métropolitaine, l’occupation [des chambres] a été plus faible de –3,1 % entre le 1er et le 8 décembre, au plus fort des manifestations des gilets jaunes, par rapport à la même période un an plus tôt", constate l'institut. Ironie de l'histoire, les concessions arrachées à Emmanuel Macron par les contestataires en fluo - 10 milliards d'aides - auront, selon les prévisions de l'Insee, un impact positif sur l'économie début 2019. Le pouvoir d'achat des Français "bénéficierait des mesures d’urgence annoncées en décembre", relève l'institut, qui conclut : "L’économie française serait donc surtout soutenue par la demande intérieure, en particulier la consommation des ménages". Entre autres, l'économie française serait "stimulée par une politique budgétaire plus expansionniste qu’envisagé il y a quelques mois" et "pourrait tirer, au moins ponctuellement, son épingle du jeu, à 0,4 % de croissance par trimestre." Les gilets jaunes auraient donc eu raison de manifester ? Lire aussiDans les médias, les gilets jaunes jugés coupables d'avoir plombé l'économie (et tué Noël)"
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