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Marianne

Quand le club de rugby de Perpignan surfe sur l'indépendantisme catalan pour vendre des maillots (Wed, 16 Jan 2019)
Une esthétique davantage empruntée au super-héros "Captain América" qu'au drapeau indépendantiste catalan selon le club. Club historique de l'élite du rugby, l'USAP, le club de Perpignan (Pyrénées-Orientales), vient de commercialiser un maillot évidemment inspiré du drapeau indépendantiste catalan. Une promotion du séparatisme à laquelle sont associées la ville et la région Occitanie, présentes sur la tenue... C'est un coup marketing de maître. A l'occasion du "boxing day", journée de championnat qui s'est déroulée le 29 décembre, le club de rugby de Perpignan qui évolue dans l'élite (Top 14), l'USAP, a voulu se refaire une beauté. Au placard, ses tenues habituelles : bleu ciel à domicile et rouge mâtiné de jaune à l'extérieur. Sur les épaules des joueurs pour affronter le leader clermontois ce jour-là, apparaît un maillot "collector" inédit. Cette tunique arbore des bandes verticales rouges et jaunes, surmontées d'un triangle bleu nuit. N'importe quel Catalan y aura reconnu… une référence à l'estelada (l'étoilé), le fameux drapeau indépendantiste catalan. Il ne manquait plus qu'une étoile pour que tout un chacun soit définitivement convaincu du parallèle. Eh bien celle-ci est arrivée sur les maillots proposés à la vente aux supporters du club, au prix de 75 euros. Faisant donc du séparatisme un argument de vente. Proposés en boutique et sur le site Internet du club dans la foulée du match, plus de 1.000 exemplaires se sont arrachés en seulement deux semaines. Un carton ! En conséquence, une centaine de maillots viennent d'être remis à la vente pour satisfaire au moins une partie de la demande. L'Usap brandit… Captain America Une ressemblance fortuite, se défend le club, contacté par Marianne. Pour preuve, l'Usap (Union sportive des Arlequins de Perpignan) nous renvoie vers la campagne de communication qui a accompagné le lancement de la nouvelle tenue, dans laquelle il n'y a "aucune référence à l'indépendantisme catalan", fait-on valoir. Les nouvelles couleurs seraient simplement, nous assure-t-on encore, un hommage au super-héros mythique "Captain America", un cousin éloigné qui aurait grandi au pied du Canigou : "Capità Usap" (capitaine Usap, en catalan dans le texte). Sic. "Nous n'avons jamais eu l'intention de communiquer sur un éventuel message indépendantiste", abonde la conceptrice de la tenue, Fanny Bastide, également contactée. La graphiste avoue cependant bien vite une "légère inspiration" piochée du côté de l'estelada pour capitaliser sur "une identité locale". "Ça fait partie d'une culture et d'une histoire que le club ne veut pas et ne peut pas renier, concède-t-elle. Chez nos supporters, il y a des indépendantistes et d'autres qui ne le sont pas. Mais il est évident que pour les premiers, le fait de pouvoir avoir une étoile dans le dos, de porter ce qui peut sembler être un drapeau indépendantiste, peut favoriser l'acte d'achat et l'adhésion à notre projet. Si ces supporters veulent se l'approprier comme tel, cela ne nous appartient plus". À gauche, l'estelada, drapeau indépendantiste catalan. À droite, Captain America, super-héros de l'univers Marvel - MaxPPP / Fickr Chez les fidèles de l'Usap, personne n'est dupe. Sur le grand forum des supporters, on a bel et bien reconnu l'estelada. "Ça va nous faire une pub monstre en Catalogne du Sud et va nous emmener une vague de sympathie (sic), s'enthousiasme Cargol66. "Ça me laisse perplexe personnellement, écrit Syl20-66. Pour moi l'USAP c'est la senyera (drapeau traditionnel catalan, ndlr) et pas l'estelada…". "On peut se sentir catalan sans forcément être pour l'indépendance. Or, là tu portes carrément l'estelada, arbitre Clément6628. Si tu veux vraiment ressembler à Captain America comme ils disent, tu ne fais pas un scapulaire mais quelque chose de plus arrondi. Là, il faut quand même être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas distinguer le drapeau indépendantiste". séduire la catalogne sud Derrière ce jeu politique non-assumé sourd une intention de séduire les voisins du sud, les Catalans espagnols, séparatistes compris. Une volonté confirmée là encore par la conceptrice du maillot : "Cela fait bien longtemps que la culture catalane est ancrée dans le club, c'est son identité. Programme de matchs, slogans, chansons en catalans… Mais avec ce maillot qui joue subtilement avec les codes de l'indépendantisme catalan, nous avons réussi à élargir le spectre de nos acheteurs au-delà de nos fidèles habituels. Près de trois quarts de ces tenues collectors ont été commandées autour de Barcelone ou de Gérone. C'est un succès". Une danse du ventre qui n'en est pas à son premier épisode. Matchs délocalisés à Barcelone, diffusion exceptionnelle de rencontres sur TV3, chaîne de télévision publique catalane… Ces dernières années, l'Usap a tout tenté pour devenir un acteur de premier plan d'une Catalogne unifiée. "Ce côté 'résistant', c'est du folklore" Son modèle : le mythique FC Barcelone évidemment, l'un des plus grands clubs de football dans le monde et premier ambassadeur de la Catalogne "libre". Une institution engagée, depuis sa fondation en 1899, dans la défense de l'identité catalane face à Madrid. Dans les années 60, quand le pays tout entier était entre les mains du dictateur Franco, son stade, le Camp Nou, était l'un des seuls repères où pouvaient échanger librement les républicains catalans. Un héritage qui demeure aujourd'hui : les soirs de match, les esteladas y sont de sortie dans les tribunes, brandies comme un symbole de résistance par les supporters, une démonstration de patriotisme et une volonté de se détacher de l'Espagne et de son roi. Mais voilà, l'Usap n'a pas cette histoire. Bien qu'elle tente de s'y rattacher notamment en entonnant avant chaque match "L'Estaca", chant de résistance à l'oppression franquiste composée par Luis Llach en 1968. La situation actuelle de la Catalogne française n'a d'ailleurs rien de commun avec celle de sa voisine du sud... "Ce côté 'résistant' que tente de se donner l'Usap, c'est uniquement du folklore, se désole un supporter historique, membre de premier rang d'une grande peña de supporters. A Barcelone, c'est dans leur sang. Ici, on s'en sert pour faire du chiffre. On peut très bien revendiquer notre catalanité sans se faire les représentants d'une cause qui ne nous concerne pas. On se parodie nous-même...". L'Occitanie ferme les yeux Ce qui pose également question, sur cette tenue qui semble revendiquer l'autodétermination de la Catalogne, c'est la présence de partenaires publics, rattachés à un État français potentiellement contesté : la région Occitanie et sa marque "Sud de France", mais aussi la mairie de Perpignan. Deux partenaires qui participent au budget du club à hauteur de 300.000 euros chacun. Pour la région, le fait que les joueurs n'aient pas porté l'étoile dans le dos le jour du match règle le problème. "Personne, ici, ne souhaite instrumentaliser le sport à des fins politiques. L'USAP est historiquement un des étendards de l'identité catalane. La Région Occitanie est fière d'être l'un de ses principaux sponsors", nous répond-elle, refusant en revanche de commenter les maillots vendus avec l'étoile. Egalement sollicitée, la mairie n'a pas donné suite à nos demandes. Nul doute que ce maillot qui ressemble fort à un tract politique satisfera certaines formations politiques locales qui ont émergé très récemment, en parallèle des événements qui ont agités la Catalogne espagnole. Comme par exemple le parti "Oui au Pays Catalan", mené par Jordi Vera, ex-militant du parti indépendantiste Convergence démocratique de Catalogne (CDC), qui prône la transformation du département des Pyrénées-Orientales en une "collectivité territoriale unique" (CTU), sur le modèle de la Corse, "en réponse à la dilution du Pays Catalan dans la région Occitanie" et "au sein de la République Française". Un mouvement qui organise régulièrement, à Perpignan, des manifestations en soutien aux promoteurs d'une République catalane de l'autre côté de la frontière. Cette ambiguïté "subtile" - chacun en jugera - a tout de même permis au club de ne pas voir sa tenue censurée par la Ligue nationale de rugby (LNR). Bien que son règlement stipule que "sont interdites" sur les "équipements", "toutes mentions ou inscriptions sur le tabac et l'alcool, de caractère racial, politique, religieux ou contraires aux bonnes mœurs" (article 382), le message indépendantiste n'a pas été jugé suffisamment explicite pour être sanctionné. Tant mieux pour le club, qui gagne ainsi son pari : gonfler ses caisses en jouant sur la corde identitaire. Une maigre consolation : sportivement, le club est bon dernier. Lire aussiEspagne-Catalogne : comment se dire adieu au bout de six siècles
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​Brexit : "Si Theresa May reste au pouvoir, il n'y aura pas de deuxième référendum" (Wed, 16 Jan 2019)
Theresa May fait face à une fronde dans son propre camp sur le Brexit. Les députés du Parlement britannique ont rejeté en nombre ce mardi 15 janvier l'accord proposé par la Première ministre Theresa May sur le Brexit, dix semaines avant la date limite fixée pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Et maintenant, quels scénarios envisageables ? Décryptage. C'est une gifle monumentale pour Theresa May. Au soir de ce mardi 15 janvier, le Parlement britannique a rejeté, à 432 voix contre et 202 pour, le projet d'accord de sortie de l'Union européenne qu'elle avait négocié avec Bruxelles. Alors que la Première ministre doit encore faire face à une motion de censure de l'opposition ce mercredi soir, décryptage de l'impasse dans laquelle se trouve le Royaume-Uni, avec Christian Lequesne, professeur à Sciences-Po et spécialiste des questions européennes. Après le rejet de l'accord négocié si longuement avec l'Union européenne, Theresa May doit faire face à une motion de censure. Pensez-vous que son gouvernement puisse tomber ce mercredi soir ? Probablement pas. Le vote de mardi a certes été extrêmement douloureux pour Theresa May : 118 députés de son propre parti ont après tout voté contre l'accord qu'elle avait négocié. Mais il faut distinguer ce scrutin de celui du vote de censure. Il est malgré tout vraisemblable que la plupart des députés conservateurs, mais aussi des unionistes d'Irlande du Nord, continuent de la soutenir. L'arrivée des travaillistes au pouvoir signifierait en effet l'installation de Jeremy Corbyn, chef de leur parti, au poste de Premier ministre. Or, c'est l'une des plus grandes terreurs des milieux d'affaires britanniques, dont les voix sont traditionnellement portées par les députés conservateurs au Parlement. Pour eux, l'idée que Corbyn arrive au 10 Downing Street serait un vrai cauchemar. Dans l'hypothèse, tout de même, où Corbyn parviendrait à remplacer May au poste de Premier ministre, que se passerait-il ? Il pourrait éventuellement demander une extension de la période de négociation avec l'Union européenne, afin de renégocier les conditions de l'accord de sortie. Corbyn étant favorable à un "Soft Brexit", c'est-à-dire un "Brexit doux", il n'aurait aucun problème à ce que le Royaume-Uni reste dans l'union douanière. Il devrait toutefois se heurter à son tour à des oppositions : beaucoup, au parti travailliste, souhaitent qu'il n'y ait plus de Brexit du tout, et que le pays reste dans l'Union européenne. Comme Theresa May aujourd'hui, Corbyn devrait donc faire face à la pression de sa propre majorité. Celle-ci insisterait pour organiser un nouveau référendum. Mais il s'agit à ce stade d'un pur exercice de politique fiction. Lire aussiUn Brexit à l'aveugle, aux frais des peuples Quelles solutions s'offrent-elles désormais à Theresa May ? Va-t-elle recommencer les négociations avec Bruxelles ? Soit elle s'en va et on ira à de nouvelles élections, soit elle prend un peu plus de temps pour négocier avec les 27. Dans ce dernier cas, le Brexit ne se produira pas dans 73 jours mais dans trois mois. Cette solution est toutefois très compliquée pour la Première ministre, qui a toujours martelé qu'elle ne voulait pas d'extension de la période. Mais il est évident qu'elle avance au jour le jour, et que tout peut donc arriver... "Une seule option : rallier les députés conservateurs partisans d'un Brexit doux qui ont voté contre sa proposition" Admettons qu'elle refuse d'étendre la durée des négociations. Que peut-elle faire dans le temps qui lui est imparti, jusqu'à la fin mars ? La Première ministre a de toute façon une obligation constitutionnelle qui la contraint à retourner devant le Parlement britannique dans les prochains jours. Je suppose qu'elle tentera de bricoler une sorte d'accord aménagé pour convaincre les députés britanniques… Mais les modifications seront mineures car elle ne pourra pas renégocier totalement avec l'Union européenne en trois jours. Sa marge de manœuvre est donc réduite. Elle sait qu'elle ne pourra pas convaincre les "hard-brexiters", partisans d'un Brexit dur, qui voteront de toute manière contre quelque accord que ce soit. Elle n'a donc qu'une seule option : rallier les députés conservateurs partisans d'un Brexit doux qui ont voté contre sa proposition ce mardi. Ces parlementaires ne peuvent être convaincus que sur un point : celui du statut du Royaume-Uni dans l'union douanière européenne. A l'heure actuelle, pour régler la question de la frontière entre l'Irlande du Nord (britannique) et celle du Sud (indépendante), il a été convenu que l'ensemble du Royaume-Uni resterait dans l'union douanière, jusqu'à ce qu'un accord fixe les relations entre l'Union européenne et la Grande-Bretagne. Les conservateurs hostiles à l'accord négocié par May veulent s'assurer que cette mesure temporaire ne durera pas éternellement. Pour les convaincre, la Première ministre pourrait tenter d'obtenir des garanties politiques venant de Bruxelles. "L'hypothèse d'un nouveau référendum ne peut fonctionner que si le gouvernement May tombe" Pourrait-elle se laisser tenter par un nouveau référendum ? Theresa May y a toujours été opposée, il semble difficile d'y recourir sans se renier. L'hypothèse d'un nouveau référendum ne peut donc fonctionner que si le gouvernement May tombe. Il y aurait alors de nouvelles élections générales, avec deux issues possibles. La première, et la plus crédible, serait de voir les travaillistes l'emporter car les conservateurs sont aujourd'hui discrédités par leurs luttes internes au sujet du Brexit. Dans cette configuration-là, il est possible qu'un deuxième référendum soit organisé, même si Jeremy Corbyn, leur leader, n'y est pas forcément favorable. La deuxième hypothèse électorale, assez improbable, serait de voir les conservateurs l'emporter. A ce moment-là, Theresa May reviendrait sans doute au pouvoir car personne de son envergure ne semble pouvoir aujourd'hui la remplacer. On retomberait alors dans la même situation qu'aujourd'hui : si May est au pouvoir, il n'y a pas de nouveau référendum. Les Britanniques accepteraient-ils vraiment de voter une deuxième fois sur une décision qu'ils ont déjà prise ? Ce potentiel référendum est très clivant. D'après l'ensemble des études qui ont été faites depuis le référendum sur le Brexit le 23 juin 2016, les Britanniques qui se sont exprimés restent sur la position qu'ils ont adoptée à l'époque. La différence serait du côté des abstentionnistes, qui regrettent à présent de ne pas s'être déplacés. Il est évident que les partisans du "Remain", c'est-à-dire pour que le Royaume-Uni reste dans l'Union européenne, seraient donc très actifs dans la campagne… L'hypothèse d'un "no-deal", c'est-à-dire d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord, est-elle possible ? Elle n'est pas exclue. Cela va faire plus de deux ans que Londres est profondément divisé sur le rôle que doit adopter le Royaume-Uni en Europe. Mais les échéances, elles, n'attendent pas. On arrive au bout du raisonnement, à un moment où la seule solution qui émerge est effectivement une sortie sans accord. Mais un no-deal ne signifie pas pour autant que le Royaume-Uni glisserait vers l'apocalypse. La terreur de certains, qui ont fait par exemple des réserves de médicaments, démontre à quel point de nombreux Britanniques redoutent la sortie de l'Europe. C'est un alarmisme un peu exagéré : il n'y aura par exemple pas d'embargo sur les médicaments, contrairement à ce qu'ils craignent. En revanche, cela illustre bien que l'un des deux acteurs a beaucoup plus à perdre dans ces négociations, et ce n'est pas l'Union européenne. Lire aussiFace au RIC, Macron brandit le Brexit
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Face au RIC, Macron brandit le Brexit (Wed, 16 Jan 2019)
Emmanuel Macron a lancé ce mardi 15 janvier son "grand débat national". Emmanuel Macron a exprimé, lors du lancement à Grand Bourgtheroulde de son "grand débat national" ce mardi 15 janvier, sa défiance à l'encontre du référendum d'initiative citoyenne (RIC), pointant le danger de "nourrir la démagogie". Attention à ne pas déconner non plus avec le référendum… Lors de sa rencontre marathon avec 600 maires normands à Grand Bourgtheroulde, ce mardi 15 janvier, pour le lancement du "grand débat national", Emmanuel Macron n'a pas caché sa défiance à l'égard du référendum d'initiative citoyenne, le fameux "RIC" qui figure parmi les principales revendications des gilets jaunes. S'appuyant sur le naufrage du Brexit, le chef de l'Etat s'est livré à une mise en garde contre les aléas d'un dispositif de démocratie directe qui "peut nourrir la démagogie" et risque de "tue[r] la démocratie représentative". Pour Emmanuel Macron, le référendum d’initiative citoyenne "tue la démocratie parlementaire" pic.twitter.com/YAw3oXOl0K — BFMTV (@BFMTV) January 15, 2019 Macron reconnaît La "frustration" du référendum de 2005 Le président de la République a d'abord reconnu qu'une "frustration était née dans le pays entre 2005 et 2007". "En 2005, la France a voté 'non' au traité européen. (…) En 2007, on est revenu à l'équivalent du 'oui' par une voie parlementaire", a rappelé celui qui était alors inspecteur des Finances. Et de convenir : "Je dois bien dire que, plus de dix ans après, ce qu'il s'est passé là a créé une tension. Les gens disent : 'Même quand on s'est exprimé, que l'on a dit quelque chose, nos représentants reviennent dessus lorsque ça ne les arrange pas'". Contre la reproduction à l'avenir de ce précédent, Emmanuel Macron a exprimé le vœu d'instaurer un "verrou" qui empêche le Parlement, "avant telle période, et en tout cas pas dans les mêmes termes", de défaire ce que le peuple a décidé par référendum. "On ne doit pas créer une situation de concurrence entre les formes de démocratie" Néanmoins, estime Emmanuel Macron, "on ne doit pas créer une situation de concurrence entre les formes de démocratie". Le président ne veut notamment pas d'un RIC "qui chaque matin peut revenir sur ce que les parlementaires ont voté". "Si on disait, parce qu'il y a une loi qui n'a pas plu : 'Moi je ne suis pas de cette majorité, ça ne me plaît pas, je veux changer les choses, je fais un référendum, j'y reviens deux mois après, ou un an après', vos représentants, ils ne servent plus à rien, on tue la démocratie représentative, qui malgré tout est la seule qui tient les contraintes". C'est là que le chef de l'Etat brandit le spectre du Brexit : "Regardez ce que vivent nos amis britanniques : vous avez, en Grande-Bretagne, une autre forme d'expression de cette tension entre la démocratie directe et la démocratie représentative. Le peuple a dit 'on sort' mais le pouvoir politique est incapable de le mettre en œuvre. C'est qu'il n'y a pas de solution, parce qu'ils sont sortis sur de fausses informations et des mensonges. (…) Et après, leurs représentants disent : 'Nous on est bloqués par le vote de nos concitoyens, mais on ne sait pas le prendre en charge'". Le hic pointé dans le RIC n'est donc pas tant le risque de blocage institutionnel que le peu de confiance qu'Emmanuel Macron semble placer dans le discernement du peuple. Et de développer : "Je pense qu'il faut qu'il y ait de l'expression citoyenne. Je pense qu'il ne doit pas y en avoir sur tous les sujets, parce que parfois ça peut nourrir la démagogie. Je pense que quand il y a une décision difficile à prendre, ce sont souvent les représentants qui la prennent. (…) On prend rarement les décisions difficiles par un référendum. On peut prendre des décisions populaires, mais rarement difficiles. Or notre pays a aussi besoin de décisions difficiles". Lire aussiDémocratie : LREM a peur du grand méchant RIC... pourtant en vigueur dans de nombreux pays
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Lutte contre les "fake news", ou quand les gilets jaunes font leur apprentissage médiatique (Wed, 16 Jan 2019)
Gabin Formont, créateur de la page "Vécu, le média du gilet jaune" Alors que le mouvement est souvent critiqué pour son complotisme, des gilets jaunes se mettent à lutter sur Facebook contre les "fake news". Après avoir rejeté "les médias" et l'information en bloc, ces citoyens militants retrouvent goût à l'essence du journalisme : vérifier les faits. Le samedi 6 janvier, lors de "l'acte 8" des gilets jaunes, une fake news s'est répandue plus vite qu'une traînée de poudre au sein du mouvement : Coralie, une militante belge, aurait été tuée à Paris par un tir de flashball. Démentie le lendemain par les médias dits "traditionnels", la rumeur avait déjà été contrée dans la soirée par une page Facebook : "Vécu, le média du gilet jaune". Une vérification express réalisée en direct par l'interview d'un "street médic" (un bénévole soignant les manifestants, en VF) pendant un live animé par le jeune animateur de la page, Gabin Formont. Avant d'interroger le bénévole, celui-ci explique avoir failli rédiger un post dénonçant la mort de la jeune femme mais s'être retenu au dernier moment. Doutant de la véracité de l'information, il a préféré attendre la confirmation de quelqu'un présent sur la manifestation. Il s'est donc interrogé, a trouvé des acteurs ayant assisté à la scène, pour finalement rétablir les faits. En clair, Gabin Formont a fait du journalisme citoyen. Fort de ce fait d'arme, il cumule aujourd'hui les likes sur Facebook - "Vécu" dépasse les 45.000 abonnés - et laisse envisager une auto-régulation de la mode complotiste qui gangrène une partie du mouvement. Comme si les gilets jaunes se rendaient finalement compte, à l'usage, qu'au-delà de leur critique de "lémédias", il fallait tout de même défendre le journalisme pour sa principale valeur en démocratie : celle de la vérification des faits. Se passer des médias traditionnels A l'origine, le jeune homme n'avait pourtant pas créé sa page pour se livrer à des exercices de fact-checking mais pour se réapproprier le traitement médiatique du mouvement des gilets jaunes. Dans la vidéo d'introduction de "Vécu", publiée le 17 décembre, Gabin Formont explique ainsi vouloir lutter contre les manipulations médiatiques et parler davantage des blessés du mouvement : "Sur France 3 quand un panneau 'Macron dégage' est modifié par la rédaction, il y a une désinformation des médias", relève-t-il, avant de poursuivre : "Les gens n'ont pas les bonnes informations, elles sont tronquées, modifiées, beaucoup de médias vont les tourner dans un sens qui va arranger souvent les politiques, les lobbys, etc". Pourquoi ? Selon lui, c'est parce qu'ils '"sont subventionnés par l'Etat" et qu'en son nom, "ils veulent essouffler le mouvement". Une théorie très répandue parmi les gilets jaunes. Vécu et son équipe ne sont d'ailleurs pas les seuls à occuper ce créneau : la promesse d'une information qui n'aurait pas été filtrée par des journalistes traditionnels est aussi vendue par Born To Be Jaune, page Facebook qui se revendique "en marge du système d'information actuel" et qui a engrangé plus de 10.000 abonnés. Autour de ces deux pages particulièrement actives, gravitent une galaxie de "médias citoyens" dont la plupart aspirent à s'affranchir du modèle d'informationnel traditionnel. "La première étape d'une éducation aux médias passe toujours par une phase de doute", analyse pour Marianne Olivier Le Deuff, maître de conférences à l'université Bordeaux Montaigne. "C'est même très sain", note le chercheur. Mais cette première phase de doute total, tendant à jeter les informations avec l'eau des médias, a vite montré ses limites à l'épreuve des événements. Ce dont nombre de gilets jaunes se sont aperçus en prêtant attention à la perception du mouvement, premier signal qu'il fallait changer quelque chose. Question de crédibilité. "Au fil des semaines, les gilets jaunes ont réalisé que la vie du mouvement ne se limitait pas qu'aux groupes Facebook, qu'il y avait un enjeu d'image vis-à-vis de l'extérieur", confirme Arnaud Mercier, professeur d'information et de communication à l'université Assas de Paris, et co-directeur de l'ouvrage Commenter et partager l'actualité sur Twitter et Facebook. Le danger DES FAKE NEWS Gabin Formont le formule lors de son live du 6 janvier : "On n'a aucune preuve tangible que ce soit vrai donc en l'état, on ne peut pas relayer cette information", rappelle-t-il au sujet de la fausse mort de Coralie. Et de faire passer cette consigne : "Si moi je ne peux pas le faire sur mon média, vous ne pouvez pas le faire sur vos murs, parce que sinon, on perd toute crédibilité si ce n'est pas vrai et que demain les politiques s'amusent à dire que les gilets jaunes sont complotistes et qu'ils relaient de fausses informations ". Objectif : "Ne pas nuire aux gilets jaunes en partageant une fake news", décrypte Olivier Le Deuff. En témoignent les vives réactions des gilets jaunes en décembre quand Maxime Nicolle, alias "Fly Rider", évoquait un certain "Monsieur X", possédant des documents susceptibles de "déclencher la 3e guerre mondiale". Après plusieurs jours de suspense savamment orchestré, la figure des gilets jaunes avait révélé qu'il s'agissait de... Philippe Argillier, jet-setteur de son état. Réactions aussitôt indignées sur son fil de commentaires : "Ce truc va décrédibiliser tout le mouvement et les journalistes vont en faire des gorges chaudes, je suis écœurée", écrit une internaute. "Le gouvernement va se régaler à regarder ça, ils vont se foutre de nous !!!", s'agace un autre. Plus récemment, si la rumeur selon laquelle un hélicoptère aurait tiré sur des manifestants le 12 janvier à Toulouse a fait les choux gras des groupes du mouvement, certains militants s'en sont en revanche alarmés : "On sait d'où les lacrymos venaient, des forces de l'ordre AU SOL, s'agace ainsi un internaute. Arrêtez vos fake news qui décrédibilisent totalement le mouvement". Si des gilets jaunes ont à présent dépassé le stade du doute pour se frotter à la vérification des faits, ils se heurtent toutefois encore à un autre écueil : la conjonction du journalisme et du militantisme. L'information, "on veut la relayer de manière neutre. On est spectateurs de votre travail et on ne l'oriente pas politiquement", assurait en novembre le fondateur de la page "Born to be jaune", Christophe Lemoine. Avant de néanmoins ajouter : "La page Born to be jaune, elle est empathique envers les gilets jaunes. On fait attention à la manière dont vous allez vous représenter". Si l’objectivité journalistique est un vaste débat jamais refermé (la devise de Marianne est d'ailleurs cette phrase d'Albert Camus : "Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti"), celle de l'équilibre du traitement de l'information pourrait donc être la prochaine étape de l'apprentissage médiatique des gilets jaunes… GUERRE D'INFLUENCE En attendant, la vérification des faits n'a pas encore gagné tout le mouvement. "Ce n'est pas la fin des fake news dans le mouvement, note Arnaud Mercier. Tous les gilets jaunes ne veulent pas les combattre et ont tout intérêt à les laisser circuler dans un but politique, qu'ils y croient ou non eux-mêmes". En clair, des figures du mouvement continuent de se servir de rumeurs pour accroître les griefs des gilets jaunes à l'encontre de l'Etat. Dans un live Facebook filmé le mercredi 9 janvier, Maxime Nicolle a ainsi dénoncé, sans preuve aucune, un réseau fantasmé de pédophiles protégé par le silence du gouvernement et des médias… Des déclarations très éloignées des nouvelles habitudes de fact-checking qui émergent dans une partie du mouvement. Très schématiquement, celui-ci paraît aujourd'hui se diviser en deux camps : l'un convaincu que l'autorégulation en termes de fake news est nécessaire pour préserver l'image du mouvement, et l'autre qui pense qu'il faut en revanche les utiliser à des fins politiques. Et si les noms des groupes Facebook de gilets jaunes ont cristallisé ce lundi 14 janvier la division entre les deux figures du mouvement Priscilla Ludosky et Eric Drouet, c'est bien leur rapport à l'information qui paraît profondément les éloigner. Dans un communiqué annonçant leur rupture, Eric Drouet accusait ainsi son ancienne compagne de route de publier de fausses informations : "Ceci est le seul et unique communiqué officiel rédigé par le groupe facebook : la France en colère !!! Les communiqués faits par la France en colère !!!, doivent uniquement émaner de notre groupe Facebook, ne vous y tromper (sic) pas en vérifiant la source de l'information". Le lendemain, c'était au tour de Priscilla Ludosky de viser le chauffeur routier. Dans un post supprimé depuis, la jeune femme promettait de faire la lumière sur les agissements d'Eric Drouet, afin "quand tout sera terminé", d'expliquer "tout ce qu'il a pu faire pour nuire au mouvement". Ou comment, au sein du mouvement, l'information est devenue l'objet d'une guerre d'influence. Lire aussiAphatie, Tapie, Crespo-Mara : cet inquiétant "journaliste gilet jaune" autoproclamé qui traque les personnalités
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Assassinat de Pawel Adamowicz : quand la haine devient meurtrière (Tue, 15 Jan 2019)
Ex-membre du parti d’opposition libérale à l’ultraconservateur et nationaliste PiS au pouvoir à Varsovie, le maire de Gdansk Pawel Adamowicz a été assassiné à coups de couteaux par un repris de justice dimanche. Le tragique résultat d’un climat de haine, toléré sinon encouragé par les autorités, estiment de nombreuses voix proches de l’opposition. « Je te fais une promesse, cher Pawel, en notre nom à tous : nous défendrons notre Gdansk, notre Pologne et notre Europe », a lancé lors d’un gigantesque rassemblement à Gdansk, ce lundi 14 janvier, Donald Tusk. L’ex-Premier ministre polonais et actuel président du Conseil européen, lui aussi natif de Gdansk, est depuis plusieurs années la cible privilégiée du PiS aujourd'hui au pouvoir en Pologne. Derrière lui, l’ex-président Lech Walesa, autre cible du régime, est resté silencieux, ayant du mal à cacher son émotion après l’annonce de la mort de Pawel Adamowicz, lui aussi dirigeant historique de Solidarnosz et l’un de ses proches. A l’annonce de la nouvelle, qui a terriblement choqué la Pologne, tous les dirigeants du PiS ont évidemment dénoncé le crime odieux et rendu hommage au disparu. Mais il suffit d’écouter leurs discours, de regarder la télévision d’Etat polonaise, présidée depuis 2016 par le fervent militant du PiS Jacek Kurski, ou de parcourir les couvertures des journaux proches du pouvoir, pour se rendre compte du climat de haine contre l’opposition libérale distillé par le PiS depuis son accession au pouvoir en 2015. Pour lui, la Plateforme civique (PO), et particulièrement l’ex-Premier ministre Donald Tusk, président du Conseil européen depuis 2014, sont coupables de tous les maux - corruption, amoralisme, cosmopolitisme, etc… Tout a été fait par le régime pour systématiquement chasser de leurs postes les proches de la PO. Au point que la Pologne a été le seul des 28 pays membres de l’UE à voter contre la reconduction de Donald Tusk à la présidence du Conseil européen. Le message d'ouverture d'Adamowicz Fier de ses couvertures outrancières, l’hebdomadaire Do Rzeczy n’a ainsi pas hésité à prêter les traits de Donald Tusk à une fameuse photo de Hitler et Goebbels devant une carte de l’Europe. Ou l’hebdo Sieci à publier en couverture le portrait de Tusk barré du titre « le cauchemar revient ». « Président » de Gdansk depuis 20 ans, confortablement réélu en novembre dernier avec 64% des voix lors d’un second tour face au candidat du PiS, Adamowicz, qui se présentait en indépendant, avait devancé au premier tour le candidat de son ancien parti, Jaroslaw Walesa, l’un des fils de Lech. Qui s’était rallié à sa candidature, avec le soutien de la PO, lors du second tour. Ardent défenseur des droits des réfugiés, des immigrants (parmi lesquels plus d’un million d’Ukrainiens) et des LGBT, Adamowicz avait publié en avril 2017 un article sur le Huffington Post racontant son évolution vers plus de libéralisme en matière de mœurs et sa décision de participer pour la première fois à une marche de l’égalité dans sa ville. « Au cours des siècles, la cité portuaire de Gdansk était fière d’être ouverte à la diversité, et fameuse pour sa tolérance (…). L’histoire montre que les périodes d’ouverture ont contribué à la prospérité de Gdansk, alors que les temps où elle fut gouvernée par la xénophobie et l’intolérance ont engendré la défaite. Comme ce fut le cas par exemple au tournant des années 30 et 40 du XXe siècle, quand Gdansk était gouvernée par les nazis », s’enthousiasmait-il. Puisse la Pologne divisée entendre son message. Lire aussiPologne : la grande régression identitaire
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